8.8.04

Chroniques Floridiennes : "Wishful thinking"

Sous le soleil et les palmiers qui incitent à la désinvolture et aux plaisirs des sens, la Floride, au contraire de la Californie, est un Etat puritain et conservateur. Il existe par exemple des lois pénalisant la prostitution : ces lois permettent de poursuivre la prostituée, le client, le proxénète et même le propriétaire d'un lieu loué par la prostituée ou son client pour consommer l'acte de chair.

Lorsque j'ai discuté de ce problème avec mon "roommate" - la personne dont je partageais l'appartement moyennant participation au loyer - il m'a rétorqué que c'était tout à fait normal. Son raisonnement était le suivant : si la prostitution était légale, une horde d'hommes mariés iraient louer les services de prostituées. Cela mettrait en danger leur mariage. Il ne s'agit donc pas ici d'un "victimless crime" - un crime sans victime - puisque la femme et les enfants du mari adultère pâtiraient de son geste coupable, et il est donc du devoir de l'Etat d'empêcher ce désastre par tous les moyens. En outre, m'affirma-t-il de façon péremptoire, les prostituées sont sales et pleines de maladies.

Fort bien. Que l'Etat, au nom de la morale, tente d'éradiquer le plus vieux métier du monde, n'a en soi rien de surprenant. Vous noterez cependant que si on appelle la prostitution "le plus vieux métier du monde", c'est que les tentatives précédentes de se débarasser de ce "fléau" n'ont guère été couronnées de succès. Mais au fait, au nom de quelle morale ? Et quid des célibataires, lesquels pourraient légitimement prétendre à visiter régulièrement les péripatéticiennes patentées et que la loi empêche d'agir comme bon leur semble ? Et des jeunes demoiselles préférant vendre leurs charmes plutôt que de passer caleçons et boîtes de nourriture pour félins domestiques au scanner dans un quelconque Walmart ?

Comme toujours, force est de constater que les leçons de la Prohibition n'ont pas été apprises par les politiciens du pays qui l'a appliquée. Quels sont les résultats de l'interdiction actuelle ? Tout d'abord, l'activité est repoussée dans la clandestinité, avec tous les inconvénients et les dangers que cela entraîne :

- augmentation des prix : la prostituée exige une juste compensation pour les risques
judiciaires qu'elle encourt

- sécurité du client compromise : puisque le client ne peut de toute façon porter plainte sans confesser un crime et risquer des ennuis, pourquoi la demoiselle ou son protecteur se gêneraient-ils pour lui faire les poches, avec ou sans violence ?

- diminution de la qualité : le métier devenu plus risqué, seules les "désespérées" recourrent encore à cette source de revenus. Cela augmente les risques de transmission de MST, mais ouvre également la porte à un trafic lucratif : la traite des blanches

L'Etat a ensuite beau jeu d'imputer les conséquences de l'interdiction qu'il a lui-même promulguée sur l'activité elle-même et s'en servir pour justifier un durcissement de la législation - si vous me permettez l'expression.

Ensuite, il va sans que ce genre de législation répressive ne parvient pas à endiguer la prostitution en Floride. Croire qu'une loi parviendra a faire disparaître ce genre de pratiques, qui finalement ne concernent que la prostituée et son client, relève de la superstition. Par contre,
ce genre de législation répressive finit par conduire au sommet du burlesque. Ainsi, dans le comté de Hillsborough, des policiers ont envoyé un indicateur dûment équipé de micros solliciter les services d'une prostituée et consommer lesdits services dans une chambre de motel. Les policiers étaient à l'écoute pour bien être sûrs d'intervenir au milieu de l'acte délictueux. Tout cela bien sûr à l'aide de fonds publics.

La législation actuelle parvient donc simultanément à rater son objectif (l'éradication de la prostitution n'est toujours pas une réalité), à criminaliser une activité qui devrait relever de la morale personnelle, à mettre en prison des propriétaires de motels qui cherchent simplement à rentabiliser leur établissement, et à faire gaspiller l'argent du contribuable par les forces de police à des opérations qui n'ont rien à voir avec laprotection du citoyen. Tout cela au nom d'une morale qui, en fin de compte, n'est même pas sauve.




3 Commentaires:

Blogger Jerome Morrow a écrit...

Simplement pour notez que vous avez abordé très justement les trois principaux effets de la prohibition, de toutes les prohibition devrais-je dire :
- mauvaise qualité du service
- prix artificiellements élevés
- marginalisation, comportements criminels et irresponsables

Ces trois éléments représentent, selon moi, les consquences universelles de la prohibition.

9/8/04 11:45  
Blogger Constantin a écrit...

Vous avez parfaitement raison. Il me paraît cependant primordial d'insister sur le fait que les conséquences de la prohibition d'un échange sont attribuées par l'Etat à la nature de cet échange et non à la nature de son action. Elles servent dès lors à justifier une intervention accrue dont les conséquences sont à nouveau attribuées à l'échange, et ainsi de suite.

Par ailleurs, cet exemple amène ici les agents de l'Etat à un comportement parfaitement absurde et grotesque. Et pourtant, certains parviennent encore à justifier même des actions aussi lamentables au nom de la nécessité de faire respecter la loi.

9/8/04 12:03  
Blogger Jerome Morrow a écrit...

D'autant que la prohibition d'un bien (ex. la drogue)entretient la croyance selon laquelle ce bien est dangereux en lui même car la prohibition Etatique attache à ce bien des comportements criminiels (mafia) et irresponsables (vols, meurtres, viols divers). Ainsi, l'Etat prohibitionniste entretient sa propagande (la drogue c'est criminel) en provoquant ce contre quoi il est censé justement agir (assurer la sécurité).

9/8/04 14:36  

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