20.1.06

De l'ingérence grandissante de l'Etat dans les affaires privées

Le début d'année, avec son cortège de bonnes résolutions, semble hélas une période propice à l'invention de nouveaux moyens de coercition éatique. Notre royaume fritier a ainsi, ces derniers jours, fait quelques pas de plus vers la société de flicage permanent que les constructivistes appellent de leurs voeux.

Par exemple, une pauvre crèche innocente a été victime des foudres de l'Office National de l'Enfance, le machin censé "surveiller" les institutions d'accueil des enfants. Son crime ? L'intention, exprimée par sa direction en accord avec les parents des bambins pensionnaires de la crèche, d'installer quelques webcams dans la crèche et de permettre aux parents de contempler leurs petits chéris une demi-heure par jour. L'objectif était de permettre aux parents, qui, au moment de la séparation, s'inquiètent de voir leurs bambins pleurer toutes les larmes de leur corps, de constater par eux-mêmes que ces pleurs ne durent jamais très longtemps.

L'article paru dans Le Soir en ligne détaille les raisons avancées par le conseil d'administration de l'ONE. Extraits choisis :


Cette prise de position intervient à la suite de l'annonce faite par une crèche privée de Braine-l'Alleud de son intention d'installer une webcam à destination des parents dans les espaces de jeu des enfants.

Notez bien que le Soir dénonce à mots couverts l'origine ignominieuse de l'idée : il s'agit d'une crèche privée. Soit dit en passant, cela ne m'étonne guère de trouver de l'innovation du côté du privé. Mais ça, le Soir évite prudemment de le relever. Il est vrai qu'ils sont tellement occupés à se lever contre l'inacceptable, les pauvres !


L'installation de webcams dans les milieux d'accueil est mauvaise car elle porte atteinte à la relation saine entre les parents et l'enfant, lequel doit apprendre à devenir autonome, estime l'ONE.

Parents, taisez-vous et subissez notre loi ! Nous, fonctionnaires de l'ONE, savions mieux que vous ce qui est bon pour vos rejetons. D'ailleurs, vous devriez être contents qu'on vous laisse en profiter six années avant que nous ne prenions nous-mêmes en charge leur éducation.


Il faut couper le cordon ombilical, a déclaré le président du conseil d'administration, Georges Bovy.

Le message est clair : parents, vos enfants ne vous appartiennent pas. Sachez-le. Nous ne voulons pas de ces liens d'affection surannés.


Elle porte également atteinte à la relation entre les parents et les professionnels, qui risquent de modifier leur attitude s'ils se savent filmés, a poursuivi M. Bovy.

Les professionnels risquent de modifier leur attitude ? Qu'est-ce à dire ? Qu'ils font n'importe quoi quand les parents ont le dos tourné ? De deux choses l'une : soit l'ONE a une opinion exécrable du travail des "professionnels", et dans ce cas, le fait de les filmer est souhaitable pour protéger les enfants; soit le personnel des crèches fait bien son travail et dans ce cas pourquoi devrait-il modifier son attitude devant la caméra ?



Les webcams induiraient en outre une fausse transparence et une fausse image du déroulement de la journée car les images, consultables pour une durée limitée, seraient sorties du contexte global du séjour de l'enfant.

Bien évidemment, les parents sont beaucoup trop bêtes pour se rendre compte par eux-mêmes qu'une demi-heure ce n'est pas la même chose que huit heures.




Enfin, accepter une telle cybersurveillance déclencherait un engrenage dangereux et risquerait de créer un précédent, a estimé le président du conseil d'administration, qui craint qu'une telle mesure ne soit alors étendue à d'autres établissements, comme les écoles et les hôpitaux.

L'argument typique des étatistes de tout poil : le scénario catastrophe. Si vous acceptez cette chose que nous jugeons néfaste, soyez en sûr, l'Apocalypse frappera bientôt à nos portes.


L'ONE rappelle par ailleurs qu'elle est bien compétente pour traiter du dossier: l'infrastructure d'une crèche est en effet prise en considération dans l'évaluation de la qualité de la pratique d'accueil, évaluation dont dépend l'agrément délivré à l'établissement, même s'il n'est pas subventionné. Et la mise en place de webcams ne serait pas un plus, mais un moins dans cette évaluation, a relevé M. Bovy.

Pour conclure, un bon petit argument d'autorité : de toute façon c'est moi qui décide. Et même si votre crèche ne reçoit pas de subsides et se croit donc indépendante, c'est moi qui décide si elle peut ou non continuer ses activités, alors vous rentrez dans le rang et plus vite que ça.


L'ONE peut retirer son agrément à une crèche. Mais on en est pas encore là à Braine-l'Alleud, a-t-il insisté.

Tapons encore un peu plus sur le clou : C'EST NOUS QUI DECIDONS, PAS LES PARENTS OU LES RESPONSABLES DE CRECHES !

Et de préciser aussi que l'ONE soutient l'initiative de la ministre communautaire de l'Enfance, Catherine Fonck (cdH), de consulter la Commission de la protection de la vie privée sur la problématique des webcams. En décembre dernier, le conseil d'avis de l'ONE avait déjà transmis un rapport négatif au conseil d'administration.

Préparez-vous à une offensive de grande envergure : l'Etat va s'intéresser à la problématique des webcams. Attendez-vous dans le futur à une pléthore de mesures coercitives. Vraiment, quel beau pays que celui dans lequel nous vivons. Rien n'y échappe bien longtemps à la vigilance de l'Etat.



La liberté, c'est l'esclavage.




5 Commentaires:

Anonymous climax a écrit...

Bel exercice d'analyse du discours étatique ! L'ONE essaie de se rendre incontournable en prenant position sur des sujets qui ne le concerne pas.
Notez qu'à titre personnel, je ne trouve pas excellente l'idée d'installer de telles caméras dans les crèches...
Je me trouverais bien dépourvu si je voyais à distance hurler mon fils et que je n'ai d'autre solution que de rester face à mon ordinateur !
Mieux vaut ne pas savoir en détail tout ce qui se passe pendant la journée...
Ceci dit, bien entendu, si je n'apprécie guère l'expérience, il me reste une solution toute simple: ne pas inscrire mon enfant dans la crèche en question... Pas besoin que du branle-bas de l'ONE pour me faire une opinion.

20/1/06 10:33  
Blogger Constantin a écrit...

Personnellement, je ne suis pas particulièrement intéressé par le sytème non plus, mais il me semble que c'est typiquement le genre de décision qu'il faut laisser aux parents et aux responsables de crèche. L'Etat n'a pas à se mêler de ce genre de décision.

20/1/06 13:27  
Blogger melodius a écrit...

L'intérêt réel de la chose, et la raison pour laquelle l'ONE s'y oppose, c'est évidemment le contrôle que les parents pourraient exercer sur le personnel de la crèche.

Donc, perso, et bien que je n'aie pas d'enfants, je suis pour à 400%.

20/1/06 16:21  
Blogger SFO a écrit...

Je trouve quand même gonflé de la part de l'ONE et de la miniss' d'invoquer le respect de la vie privée dans ce cas-çi alors que c'est eux-même qui s'ingèrent de façon totalement révoltante dans la gestion d'un crèche PRIVEE!

Les crèche, les loyers et demain? Mon régime alimentaire? Ma religion? Petit à petit la Belgique glisse dans un étatisme quasi-soviétique. Quand les gens agiront-ils enfin en adultes et cesseront d'apprécier d'être traités en irresponsables?

20/1/06 16:38  
Blogger melodius a écrit...

Très juste le commentaire de SFO, je trouve. En effet, une fois de plus, on empêche les gens de s'organiser comme ils le désirent.

24/1/06 12:59  

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