2.2.06

Le racket au quotidien en Walbanie

La rubrique "Les confidentiels" qui paraît chaque jeudi dans le magazine Trends/Tendances est décidément une source d'information précieuse pour l'observateur des discrètes turpitudes politiciennes, celles qu'il ne vaut mieux pas dévoiler au public.

Parmi les articles de cette semaine, celui intitulé "Plan wallon des déchets : silence dans les rangs !" est particulièrement instructif. Jugez-en plutôt :

Affirmer que le plan des déchets 2006-2010 attire la sympathie des entreprises privées serait exagéré : seules les intercommunales se frottent actuellement les mains. Et pour cause : ce plan a été amoureusement mitonné par la Copidec (conférnce permanente des intercommunales wallones de gestion des déchets). Or, s'il passait la rampe (entre la mi- et la fin février), il signifierait, pour le privé, le doublement de la charge fiscale du traitement des déchets. Au menu, en effet, diverses nouvelles taxes dont une sur l'incinération, une autre sur le coïncinération (pour le ciment, par exemple), une troisième sur la biométhanisation ... Et on en passe.


Une petite augmentation des taxes de derrière les fagots, rien de neuf sous le soleil. Pour éviter de s'aliéner le citoyen, on s'attaque aux entreprises. Cela permet de préserver l'illusion selon laquelle la pression fiscale baisse en Belgique. Il suffit de regarder l'évolution de la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut, qui n'a pas changé en dix ans, pour comprendre le tout de passe-passe. Bien entendu, tous les économistes censés vous le diront, quelle que soit la cible initiale d'une mesure fiscale, en fin de compte, ce sont les individus qui trinquent. La hausse de coût pour les entreprises sera répercutée à travers la chaîne de valeur jusqu'au consommateur final, qui financera cette taxe sur ses propres deniers, comme toutes les autres. Mais sans s'en rendre compte, et avec un point de bonus pour le gouvernement, puique le citoyen lambda blâmera la cupidité des vilains capitalistes et non celle des hommes de l'Etat à l'origine de ladite augmentation de prix. Vous avez dit "cynisme" ?

Ce n'est bien entendu pas nous qui affirmons que les taxes vont doubler, mais l'Union wallone des entreprises, dans une note des plus confidentielles. Pourquoi tant de discrétion ? Parce que le cabinet Lutgen a gentiment fait comprendre aux sociétés privées qu'elles n'avaient pas trop intérêt à se plaindre publiquement.


Et comment donc a-t-il fait, ce brave ministre, pour faire taire les moutons qu'il tond ?

Comme certaines ont déjà introduit des demandes de subsides dans d'autres domaines, le ministre n'a pas dû déployer beaucoup d'énergie pour les convaincre de se taire


Et voilà, un bon petit exemple de racket comme on les aime. Ceci dit, je ne plaindrai pas les entreprises dans ce cas précis : quand on veut profiter de l'argent du contribuable pour financer ses activités, ce qui n'est guère moral, on cautionne le système mis en place par les politiciens. Il ne faut pas s'étonner dès lors que ces derniers profitent de leur position de puissance pour forcer la main des récalcitrants. C'est bien fait !

Cela dit, nous pouvons apprécier au passage un nouvel exemple de la remarquable absence de sens moral des politiciens wallons. Le chantage, ce n'est pas très joli. Quand je pense que ce sont les mêmes maîtres chanteurs qui nous servent à longueur d'année le couplet éculé sur la prétendue absence de morale qui règne dans le secteur privé !

C'est d'ailleur pour ce même motif que le privé se fait discret à propos de la présence, au même cabinet Lutgen, de Gonzague Delbar, en charge du département déchets. C'est que l'homme est également directeur général adjoint d'Ipalle, l'intercommunale de propreté publique du Hainaut occidental. Laquelle, simple hasard sans doute, a en vue un grand projet d'incinérateur, tout comme sa voisine Itradec, intercommunale de traitement des déchets de la région de Mons-Borinage et du Centre, en Hainaut.


Franchement, charger un responsable d'intercommunale, concurrent direct des sociétés privées de gestion des déchets, de concocter un plan des déchets ! C'est un peu comme si on avait demandé à Lakshmi Mittal de s'occuper de la restructuration de la sidérurgie wallone. Sauf que là tout le monde aurait poussé des cris d'orfraie : C'est que c'est un vilain privé ce Mittal !

Dans une récente interview au Soir, Gonzague Delbar déclarait que la mise en commun d'Ipalle et d'Intradec "serait un atout, surtout face aux attaques du secteur privé sur l'incinération".


Voilà une déclaration intéressante ! Jusqu'ici, les politiciens, pour justifier l'ingérence de l'Etat dans n'importe quel secteur de l'économie, arguait des insufficances de la réponse du secteur privé. Si on suit cette logique, la robustesse de la réponse privée devrait donc les réjouir et les inciter à se désengager d'un secteur qui n'a plus besoin d'eux. Que nenni ! Si le secteur privé ose "attaquer" le secteur public (comprenez : fournir le même service à un prix plus avantageux) il faut le taxer et le brimer en utilisant toute la puissance de l'arsenal coercitif. Un argument de plus dont il faudra se souvenir la prochaine fois qu'une victime du lavage de cerveau étatique osera nous sortir l'argument des insuffisances du privé.

Est-il possible d'être plus délicieusement partisan pour un membre d'un cabinet ministériel ?


C'est ce qu'on appelle une question rhétorique.




6 Commentaires:

Anonymous Don a écrit...

Je me trompe sans doute, mais Jean Gandois ne venait-il pas du privé lorsqu'il a été appelé en 1983 par le gouvernement pour s'occuper de la sidérurgie wallonne ?

2/2/06 17:07  
Blogger Constantin a écrit...

Parfaitement.
Enfin, parler du "privé" en sidérurgie wallone, c'est un peu aller loin.

Ceci dit, relisez mon intervention : ce que je fustige ce n'est pas que quelqu'un qui vienne du privé s'occupe de restructurer une industrie : c'est qu'on puisse être à la fois juge et partie, comme le Gonzague dont il est question ici. C'est ainsi que le parallèle avec Mittal prend tout son sens.

2/2/06 17:21  
Blogger melodius a écrit...

Il ne faut même pas aller jusqu'en Walbanie pour voir ce genre de trucs:

http://www.brusselnieuws.be/site/rubrieken/1091053972/page.htm?&newsID=1138803517

Pour ceux qui jactent pas la moedertaal, Saint-Josse diminue les taxes sur les personnes physiques (hasard heureux, quelques mois avant les élections communales) mais augmente la taxe sur les bureaux.

3/2/06 14:12  
Blogger xxc a écrit...

Vous relevez très justement ce travers qui consiste à raisonner tout le temps à l'envers:

- un secteur économique intéresse peu le privé? DONC il faut pallier ces manquements par un investissement public fort dans ce secteur;

- un secteur économique intéresse beaucoup le privé? DONC il faut un investissement public fort dans ce domaine pour contrer les assauts du privé.

Il est vraiment incroyable que telles déductions puissent être tirées quand justement on devrait déduire respectivement:

- si ce secteur intéresse peu le privé c'est que la demande est très faible ou inexistante DONC ne gaspillons pas d'argent public dans ce domaine,

- si ce secteur attire les investisseurs privés comme des mouches alors la concurrence des mouches entre elles ira dans le sens d'un meilleur service au meilleur prix. DONC gardons-nous bien d'intervenir et d'investir le moindre kopeck d'argent public.

Les boniments de nos étatistes sont si énormes que je ne comprends pas que des tomates trop mûres ne leur pleuvent pas dessus.

4/2/06 11:12  
Blogger Constantin a écrit...

C'est cependant la première fois que j'entends des étatistes affirmer haut et fort qu'il faut "contrer le privé". Mais j'ai peut-être mal écouté. Je me demande si les étatistes, comme Kaa dans le Livre de la Jungle, n'ont pas tendance à endormir la population en récitant leurs mensonges comme des mantras.

4/2/06 21:16  
Anonymous Anonyme a écrit...

Monsieur,

Je ne m'exprimerai pas sur l'article en lui-même.

Je constate comme vous, pour bien connaître la maison IPALLE et plus particulièrement son incinérateur, que la position ambiguë de Monsieur Delbar explique beaucoup de choses, orientations ou décisions.

Même sans irrégularité, c'est un conflit d'intérêt dans toute sa splendeur.

A éviter donc...

Bien à vous

26/7/06 12:12  

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