18.8.04

Le besoin d'intervention étatique (III)

Jarrod est né à Corpus Christi, au Texas. C'est un "Born-Again Christian", un membre d'une tendance très puritaine du protestantisme. Il ne boit ni ne fume. Il n'a même pas vingt ans et vient pourtant de se marier. Pour lui et son amie, il était en effet impensable d'avoir des relations sexuelles en-dehors des liens sacrés du mariage. Les hormones étant ce qu'elles sont ...

Hicham, lui, est né à Bruxelles. Il fait sa prière cinq fois par jour et se rend à la mosquée le vendredi. Chaque mois, il met un peu de son salaire de côté. Il espère ainsi pouvoir effectuer dans quelques années un pélerinage à La Mecque. Il ne boit jamais d'alcool, mais se laisse parfois aller au plaisir d'un petit "joint"...

Sabrina est coiffeuse à La Louvière. Tous les vendredis, elle retrouve quelques copines pour une virée en boîte. Elle est d'autant plus impatiente qu'on soit vendredi que ce n'est pas son tour d'être "Bob". Elle pourra donc ingurgiter autant de Vodka-Red Bull qu'il lui plaira. Si elle rencontre un garçon qui lui plaît, il est fort possible qu'elle ne rentre pas chez elle avant samedi ...

Benoît est un altermondialiste convaincu. Chaque année, il part avec ses amis protester contre la mondialisation dans la ville où se tient un congrès de l'Organisation Mondiale du Commerce. Benoît n'aime pas la violence. Il se contente de rédiger et de distribuer des tracs, et de mettre à jour le petit site internet de son mouvement. Avant-hier, il est allé à Bergen-op-Zoom dans un "Coffee-Shop" avec deux amis. Ils ont ramené un petit peu d'herbe, de quoi tenir le mois. Ben et ses copains ne sont pas de gros fumeurs, mais ils aiment bien regarder le Loft en fumant un petit "stick" histoire de bien se laisser pénétrer par l'absurdité de cette émission. Il a croisé Hicham en rue hier, et lui a vendu un peu d'herbe, histoire de le dépanner...

Albert est un petit fonctionnaire tranquille. Le matin, dans un café près de la Gare Centrale, il boit un petit Maes pour se mettre en forme. Le soir, avant de prendre le train, il retournera à "L'Empereur" pour en boire une petite dizaine pendant qu'il fait une belote avec ses collègues du ministère de la justice. Son médecin lui a dit qu'il ferait bien d'arrêter, que son coeur est fragile et que son foie n'est plus très en forme. Ca le déprime. Il commande un petit whisky pour se remonter le moral.

Ce matin, en se rendant au travail, Hicham s'est fait agresser par de jeunes islamistes. Ils lui reprochaient de serrer la main aux infidèles. Ils l'ont même vu embrasser une fille sur la joue. Hicham s'est bien défendu, mais il a un oeil au beurre noir. Comment va-t-il expliquer ça à sa mère ?

La maman de Benoît aimerait bien que son seul souci soit le visage tuméfié de son rejeton. Ce matin, elle a été tirée de son lit par trois agents de police pourvus d'un mandat de perquisition. Ils ont trouvé du cannabis dans la chambre de Benoît et ont emmené ce dernier avec eux. Ils disent qu'on l'a vu en vendre en rue hier.

Sabrina, elle, pleure dans le petit réduit où se trouve la machine à café du salon de coiffure. Quelqu'un a écrit "sale putt" avec une bombe de peinture sur la porte de son petit appartement pendant la nuit. Elle se demande pourquoi les gens sont si méchants. Elle ne demande rien à personne, elle. Tout ce qu'elle demande, c'est qu'on la laisse vivre tranquillement sa vie. Après tout, elle n'a tué ni volé personne.

Benoît non plus n'a jamais tué ni volé. Il ne croit pas en dieu, mais ça ce n'est pas très grave. Il est en bonne santé et se demande ce qu'il peut bien faire derrière ces barreaux. Tout ça pour un petit bout de "shit" refilé hier à Hicham.

Vois-tu, Benoît, chacun est libre de se ruiner le foie à coups de Jupiler si ça l'amuse , ou de s'envoyer en l'air sans préservatif et en-dehors d'une union bénie par notre Sainte Mère l'Eglise. Jarrod, lui, désapprouve ce genre de comportement. D'ailleurs s'il connaissait Benoit il trouverait sans doute à redire à sa consommation de cannabis. Mais il ne se mêle pas des affaires des autres quand elles ne le concernent pas. On ne peut hélas pas en dire autant de l'Etat.


6 Commentaires:

Blogger Fabrice a écrit...

Constantin, j'adore, mais vraiment j'adore, ce que tu écris. C'est absolument excellent.

Fabrice

18/8/04 10:02  
Blogger RonnieHayek a écrit...

Un magnifique post, bravo Constantin !

18/8/04 10:48  
Blogger Jerome Morrow a écrit...

Excellent texte !

18/8/04 12:42  
Blogger melodius a écrit...

Vous êtes mon cher, dans une forme éblouissante !

Si votre plumage se rapporte à votre ramage, vous êtes l'Adonis des hôtes de ces bois !

20/8/04 16:45  
Blogger Constantin a écrit...

A ces mots, Constantin ne se sent plus de joie ...

26/8/04 10:29  
Blogger melodius a écrit...

Mais décida d'en rester là. ;-)

27/8/04 16:41  

Enregistrer un commentaire

<< Retour à l'accueil