21.8.06

Le coup de grâce

La nouvelle est officielle depuis peu, et c'est mon ami Climax qui en parle : la disparition programmée de la liberté du choix de l'école pour les parents entrera sans doute l'année prochaine dans sa première phase, si du moins personne ne résiste d'ici là. L'homogénéisation forcée des populations scolaires n'est plus un voeu pieu mais une réalité. Attendez-vous à une nouveau tour de manivelle dans le sens d'une baisse globale de la qualité de l'enseignement en Communauté Française de Belgicanie. Le texte communiqué par La Libre Belgique fait froid dans le dos. J'ai mis en gras les passages les plus choquants :

C'est sans doute la surprise de l'agenda des mois qui viennent. Ce sujet explosif avait été enterré, il y a un an. Une enquête interuniversitaire avait été commandée pour tenter de faire le point sur la meilleure manière d'organiser la répartition des élèves dans les écoles. Le libre choix, comme ici? Une carte scolaire à la française? A moins qu'il s'agisse d'organiser l'offre des écoles?

Ses conclusions avaient été dévoilées dans la plus grande discrétion, à l'occasion d'un colloque consacré à autre chose dans la banlieue de Charleroi. Les chercheurs qui s'en étaient chargés attendent, depuis, que le résultat de leur travail serve de base au débat.

Ces scientifiques se sont prononcés en faveur d'un système de traitement collectif des préférences, tel qu'appliqué en Espagne. Les familles font des choix d'écoles et les communiquent non pas aux directions, mais à une autorité collective. La liberté de choix des familles est ainsi respectée et l'équité entre elles est même renforcée.

Après ce très long silence, un texte est annoncé pour novembre.


Donc, pour commencer, on évite au maximum d'informer la population en dévoilant les résultats d'une étude commandée par le ministère au cours d'un colloque qui n'a rien à voir.

Ensuite, les chercheurs se prononcent pour un "traitement collectif des préférences". La suite est sans équivoque : les parents prient l'administration de bien vouloir accepter le choix qu'ils ont fait, et s'en remettent à la volonté toute-puissante d'une "autorité collective". Remarquez au passage le flou artistique du terme employé. En clair, on va créer un nouveau bazar payé par le contribuable, et qui recrutera son effectif, ça ne fait pas un pli, parmi les "experts" qui ont pondu l'étude. Quel remarquable moyen de se créer un nouvel emploi aux frais et aux dépens des contribuables !

Les mots me manquent pour traduire l'écoeurement et le découragement qui me saisissent, en tant qu'enseignant, à la lecture de cette dépêche. Car, ne nous leurrons pas, c'est actuellement la compétition entretenue entre les écoles par la liberté de choix des parents qui motivent enseignants et directions à concevoir des projets pédagogiques originaux, à tenter, à l'intérieur du carcan des "programmes de cours" et des "évaluations communes" rendus obligatoires, de créer un projet pédagogique atractif et de fournir ainsi aux enfants une éducation qui puisse leur convenir au mieux. Si les parents ne peuvent plus effectuer leur choix eux-mêmes, après discussion avec les directions des écoles concernées, que reste-t-il ? Rien.

Mon pronostic pour l'avenir : un transfert encore plus massif d'élèves vers l'enseignement libre, en tout cas pour ceux qui en ont les moyens. Parallèlement, ceux qui auront moins de revenus auront recours aux services d'écoles privées du mercredi et du samedi, comme par exemple Acadomia en France. Belle opportunité pour les enseignants suffisamment entreprenants, qui gagneront mieux leur vie en faisant un travail plus motivant dans une plus grande liberté. Mais à quel prix ?

C'est pourtant clair : les enfants intelligents dont la famille possède les moyens nécessaires à leur éducation quitteront entièrement ou partiellement le giron de l'enseignement "public" qui deviendra, comme en France ou aux Etats-Unis un ghetto à pauvres, une machine à perpétuer les inégalités sociales. Jusqu'à ce qu'on interdise tout simplement l'enseignement libre et les écoles du samedi, au nom de la nécessaire "cohésion sociale".

La mort programmée de la Belgique francophone est en marche. Si personne ne résiste, il sera bientôt trop tard.




15 Commentaires:

Blogger Chitah a écrit...

Bon, avec le contrôle des loyers à Bruxelles, je crois que c'est la seconde fois Constantin que tu parles d'une superbe idée politique française transposée en Belgique.

En France, on a pas de pétrole, mais on a plein d'idées, et on les partage. Elle est pas belle la vie?

Dites, vous avez un ISF, vous, je crois que non?

21/8/06 15:12  
Blogger Constantin a écrit...

Ils sont en train de mettre en place un "cadastre des fortunes" mais jurent leurs grands dieux que ce sera purement informatif et qu'il ne s'agit pas de préparer un impôt sur la fortune. Comme nous savons tous ce que vaut une parole de politicien...

21/8/06 15:16  
Blogger Don a écrit...

Et pourquoi pas la même chose pour le choix de la profession.
Après être passé devant une commission d'orientation professionnelle à 16 ans, la dite commission propose par exemple 5 professions qui cadrent avec le profil établi par les psys de la commission.
L'élève aura ainsi toujours le choix de sa profession dans celle définies pour lui. On ne lui enlève ainsi aucunement sa liberté. Au contraire, on l'aide même à le poser de manière claire et précise.
En anipulant un petit peu les données, on pourrait aisément désengoger les filières saturées et remplir celles qui sont en perte de vitesse

21/8/06 15:17  
Blogger Constantin a écrit...

En lisant votre commentaire, j'ai commencé par rire. Et tout d'un coup je me suis rendu compte que ce genre d'idée pourrait parfaitement germer dans l'esprit des fous qui gèrent le pays. Brrrrrr !

21/8/06 15:37  
Anonymous Ash a écrit...

C'est beau le constructivisme pédagogique.

21/8/06 16:13  
Blogger SFO a écrit...

Ca va totalement dans le sens de toutes les mesures qui sont prises dans ce pays pour rendre plus 'égalitaire' l'enseignement, à savoir: s'assurer que tous les enfants soient au même niveau, celui des plus médiocres. C'est déjà le cas avec les classes à 35 élèves: tout le monde avance à la vitesse des plus lents (et on en profite pour fustiger les autres qui font les cons parce qu'ils s'emmerdent) et tant pis pour ce sur quoi on devra faire l'impasse.

L'enseignement privé devient de plus en plus la seule solution pour les parents qui en ont quelque chose à faire de l'avenir de leur enfant, quitte à faire des gros sacrifices. Tant que ça dure...

21/8/06 21:26  
Blogger Constantin a écrit...

En France, plus avancée dans la décrépitude, Acadomia (dont je parle dans la chronique) est une des valeurs boursières qui a le vent en poupe. C'est dire à quel point les parents sont désespérés...

21/8/06 22:53  
Anonymous Coldstar a écrit...

Désespérés?

Pour information, l'une de mes amies est professeur d'un concurrent d'Acadomia; bac + 5 en sciences, moins de 30 ans, elle a travaillé dans la parapharmacie, puis s'est réorientée récemment, ce qui l'a conduit a re-proposer ses services lors d'une période de transition de sa vie professionnelle. Vous remarquez, comme bon nombre de professeurs de ces sociétés, elle n'est pas enseignante (car des bons étudiants suffisent pour les cours de soutien personnalisés - et ils se débrouillent très bien).

Et incidemment, comme je vous l'avais dit Constantin, j'ai moi-même brièvement travaillé pour Acadomia au printemps 2005.

...

Sachez qu'au printemps 2006, après la crise du CPE et le bordel organisé par certains étudiants ET enseignants "politisés", cette amie, qui donnait 7 heures de cours hebdomadaires (en plus d'un CDD à 35 heures par semaine qui remplissait sa période d'inactivité - et oui, en France aussi des gens cumulent deux boulots, yapakozétazuni) s'est vue proposer par cette société des heures de cours de soutien à des élèves dont les parents se souciaient des heures de cours perdues en établissement scolaire. On lui proposa 2 cours, puis 2 le jour suivant. Elle refusa, faute de temps (les besoins d'argent étant par ailleurs déjà satisfaits par ses emplois en cours). La semaine suivante, cette société revint à la charge plusieurs fois: elle répondit encore par la négative, sans fermer complètement la porte, car certaines offres peuvent tout de même valoir le coup. La semaine suivante, la crise du CPE finie et les dégâts scolaires évalués, elle dût refuser plus d'une douzaine d'offres de cours, et encore d'autres la semaine suivante. Peut-être une trentaine au total.

Moi-même, j'ai eu la surprise de voir mon agence revenir à la charge, après 9 mois d'inactivité de ma part dans le soutien scolaire, et l'on me proposa des élèves... hors de ma zone géographique, et hors des disiplines / classes d'âge convenues avec le responsable pédagogique!

L'afflux de demandes parentales fut tel en avril / mai dernier que ces sociétés ratissaient désésespérément leur BDD enseignants, et publiaient moults annonces d'embaûches (la crise intervenait en plus à la "période de pointe annuelle").

Accessoirement, je subodore que ces sociétés relâchèrent largement, par nécessité, leurs critères d'exigence lors des tests d'embaûche en cette période...

Pas étonnant que ces sociétés affichent une santé resplendissante. Donnez leur un enseignement d'Etat non-discriminatoire et anti-inégalitaire, citoyen et festif, et ces salauds de poujadistes de parents recréent les inégalités de résultats entre élève en les replongeants dans leurs bouquins soirs et WE! Ils se permettent en plus de s'inquiéter des résultats d'un mouvement anti-CPE, si égalitaire, citoyen, soildaire... et ... et... festif!

Il y a moyen de se faire des litchis diamantifères dans ce secteur d'activité; vous pourriez monter la vôtre, Constantin, mais ne m'aviez-vous pas dit que ces sociétés étaient purement interdites en Belgique?

23/8/06 21:46  
Blogger Constantin a écrit...

A vrai dire, je pense que ces sociétés ne sont pas interdites. En tout cas, il existe des écoles privées qui font passer aux jeunes leur "jury central", examen organisé par l'Etat pour l'obtention du diplôme d'études secondaires quand on ne l'a pas obtenu dans une école étatique.

Je pense que l'enseignement en Belgique n'est pas encore suffisamment décrépit qui pour que suffisamment de parents se tournent vers cette solution. Cependant, c'est me semble-t-il l'affaire de quelques années tout au plus. J'y songe, j'y songe...

23/8/06 22:11  
Blogger Dimosaur a écrit...

Comme d'habitude un excellent article. Comme ce genre de nouvelles n'arrivent pas seules en ces temps pre-electoraux. Voici un article de la libre ce matin...
http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=302240
Au plaisir de te lire

25/8/06 08:56  
Anonymous One a écrit...

Il ne me reste plus qu'à trouver une école en Flandre. La Communauté Germanophone est-elle aussi contaminée par ces âneries?

25/8/06 11:35  
Blogger Constantin a écrit...

Merci Dinosaur. C'est amusant, le même article avait attiré mon attention ce matin. La chronique vient d'être mise en ligne.

25/8/06 11:49  
Blogger Dimosaur a écrit...

Constantin: je viens de voir ton nouveau post... c'est en effet la conclusion que beaucoup de gens tirent.
One: Personellement mes enfants sont dans l'enseignement flamand a bruxelles... les budgets alloues a l'enseignement n'ont rien avoir avec ceux en communaute francaise et les couts pour les parents sont moindres et en plus les enfants apprennent une autre langue: le meilleur des deux mondes ;-).
En plus au niveau gestion du reseau: depuis la communautarisation de l'enseignement 4 ministres en Flandre, 13 et communaute francais tout est dans les chiffres...

25/8/06 12:55  
Blogger Constantin a écrit...

Remarquez bien qu'il est de plus en plus difficile, à moins d'habiter en Flandre, de s'inscrire dans une école flamande.

Quand j'étais jeune, il n'était pas rare de voir des francophones faire leurs primaires ou leurs secondaires en néérlandais pour améliorer leur connaissance de l'autre langue. Les deux communautés font tout à présentn pour empêcher ce genre de pratique.

25/8/06 13:12  
Blogger Dimosaur a écrit...

En effet ce n'est pas facile de rentrer dans les ecoles flamandes mais ce n'est pas plus difficile que dans les "bonnes" francophones. L'exemple de Sint jan Berckmans(? je ne suis pas si-ur de l'orthographe) est un peu caricatural mais il est vrai que il vaut mieux avoir un peu "d'ascendants de sang flamand" :-). Ce qui est le plus fou c'est que ces problemes ne sont fait que essentiellement aux francophones. Un couple d'amis espagnols aura eu beaucoup plus de facilites de rentrer dans l'enseignement NL qu'un "bete" belge francophone. Mais bon si c'est le prix a payer... on veut bien se lever tot un matin.
Mon epouse et moi sommes tout les deux des produits de cet enseignement mixte (primaires dans une langue secondaire dans l'autre) et c'est deplorable que nos ediles fassent tout pour nous empecher de faire la meme chose avec la generation de nos enfants ... tout en se pleignant que personne ne parle les deux langues ... mais la on entre dans un autre debat

25/8/06 14:30  

Enregistrer un commentaire

<< Retour à l'accueil