24.9.06

Carton Rouge (la suite)

Voici comme promis la suite de la chronique sur la campagne "Triangle Rouge contre l'extrême-droite" entamée vendredi".

Nous entrons à présent dans l'argumentaire proprement dit du CAL.

Avoir le droit de penser et de s’exprimer
Dans la mesure du respect des règles démocratiques, la liberté de culte est fondamentale et la liberté de pensée est essentielle. La liberté de s’exprimer sans risque de sanction ou de répression (hors cas de diffamation ou de propos haineux), est le propre d’une société démocratique.


Notez bien que l'extrême-droire, pour la CAL, entre sûrement dans la catégorie des "propos haineux". Cela, en soi, n'a objectivement rien de choquant. Si ce n'est, bien sûr, que puisque ces propos sont haineux, ils peuvent être censurés, car il s'agit alors de censure "démocratique" (si, si !).


Les programmes d’extrême droite ne parlent pas clairement d’atteintes à ces libertés. L’expérience nous montre que l’extrême droite se sert de la religion pour opposer les communautés en stigmatisant l’une pour mieux valoriser l’autre. A l’aide d’amalgames douteux, elle participe ainsi à cette hausse des tensions qu’elle dénonce pourtant.


Voilà un passage qui me plaît assez. La description qui y est faite de certaines stratégies d'extrême-droite me paraît fort fidèle. Un petit bémol cependant : le CAL note avec justesse l'absence d'indications claires de la volonté d'attenter à la liberté de pensée et à la liberté de culte. Pourtant, au paragraphe précédent, le même CAL cautionnait la censure de "propos haineux". C'est un peu fort de café de s'étonner ensuite que les partis d'extrême-droite se gardent bien d'utiliser ouvertement ces thèmes suspects. Comme je le faisais remarquer vendredi, si on bannit les propos racistes, il ne faut pas s'étonner ensuite de voir le message "on n'aime pas les bougnoules" disparaître de la propagande de ces partis. En fin de compte, cette loi de censure, non contente d'être inique, est également désastreuse dans ses conséquences en ce qu'elle limite la visibilité du message xénophobe de l'extrême-droite.


L’extrême droite bafoue cette liberté dans sa volonté, par exemple, d’imposer un contrôle aux journalistes, ou en implantant des normes artistiques jugées « acceptables ». Par ailleurs, l’extrême droite détourne à son avantage la liberté d’expression pour réclamer l’abrogation des lois antiracistes et antinégationnistes.


Quand on voit la façon dont la gauche manipule la RTBF pour en faire un organe de propagande antilibérale, il est assez piquant de lire ensuite que c'est l'extrême-droite qui veut contrôler la presse. Quant aux normes artistiques jugées "acceptables", ma foi, mon ami Citoyen Durable a fort bien caractérisé ici et aussi ici la façon dont l'Etat s'occupe actuellement d'art. Pas tellement plus enthousiasmant comme perspective que l'art nazi ou stalinien.

La liberté pour quiconque de vivre en sécurité, quelles que soient ses origines, opinions politiques, convictions religieuses ou orientations sexuelles, constitue l’un des fondements de notre société. Pour lutter efficacement et durablement contre l’insécurité, il convient de lutter d’abord contre les facteurs qui accentuent cet état : précarité, pauvreté, avenir sans perspective faute d’une formation adéquate, carence d’emplois et de logements,…


Présenté comme une évidence, ce petit paragraphe fait l'impasse sur d'autres mesures qui, sans être fascistes, permettent de diminuer l'insécurité (lire à cet égard le chapitre "Where have all the criminals gone" dans Freakonomics, le livre de l'économiste Steven D. Levitt). Parmi les plus efficaces, citons l'augmentation du nombre de policiers, l'augmentation de places dans le milieu carcéral et une plus grande sévérité des juges. Je ne veux pas dire par là que la prévention est inutile, mais la présenter comme la seule solution à l'insécurité me paraît au mieux réducteur, au pire intellectuellement malhonnête.

Notre système de sécurité sociale permet à tout citoyen, quels que soient ses revenus, d’avoir accès à une série de services et/ou d’allocations, et ce à tous les moments de sa vie. Ce système est le produit des valeurs de solidarité sur lesquelles repose notre société.
L’extrême droite menace cette solidarité par sa volonté de limiter le nombre de services rendus par la sécurité sociale, d’instaurer une concurrence avec des opérateurs privés, d’expulser mutuelles et syndicats des organes de décision.


Alors là, c'est le bouquet. La première fois que j'ai lu ce paragraphe, j'ai failli vomir l'excellent repas que je venais de faire dans le petit restaurant où j'ai mes habitudes (triste destin pour un onglet sauce moutardine arrosé d'un petit Côtes du Rhône). L'extrême-droite veut privatiser et mettre en concurrence la sécurité sociale ? D'abord, j'aimerais beaucoup savoir où ces messieurs du CAL ont été pêcher cette information. Ensuite, j'aimerais profiter de l'occasion pour leur rappeler quelques petits faits qui leur ont sûrement échappé. Afin de démontrer l'absurdité des propos du CAL, je vous propose de lire le programme du NSDAP, le parti nazi. Je reproduis ici les passages les plus significatifs de ce programme en 25 points publié en février 1920.

7 - Nous demandons que l'État s'engage à procurer à tous les citoyens des moyens d'existence. Si ce pays ne peut nourrir toute la population, les non citoyens devront être expulsés du Reich.

15 - Nous demandons une augmentation substantielle des pensions des retraités.

21 - L'État doit se préoccuper d'améliorer la santé publique par la protection de la mère et de l'enfant, l'interdiction du travail de l'enfant, l'introduction de moyens propres à développer les aptitudes physiques par l'obligation légale de pratiquer le sport et la gymnastique, et par un puissant soutien à toutes les associations s'occupant de l'éducation physique de la jeunesse.


Il est clair que l'extrême-droite est donc historiquement favorable au développement de la sécurité sociale et à son maintien dans le giron de l'Etat. Par ailleurs, l'article 25 du programme ne laisse subsister aucun doute quant à l'absence de mise en concurrence :

25 Pour mener tout cela à bien, nous demandons la création d'un pouvoir central puissant, l'autorité absolue du Comité politique sur l'ensemble du Reich et de ses organisations, ainsi que la création de Chambres professionnelles et de bureaux municipaux chargés de la réalisation, dans les différents Länder, des lois-cadres promulguées par le Reich.


Quant à l'expulsion des syndicats des organes de décision, il s'agit là encore d'un travestissement de l'histoire. Dans Mein Kampf, Adolf Hitler ne laisse subsister aucun doute sur ce qu'il pense des syndicats (page 297 du document en lien) :

Telles que les choses se présentent aujourd'hui, on ne peut pas, selon ma conviction, se passer des syndicats. Au contraire, ils comptent parmi les institutions les plus importantes de la vie économique de la nation. Leur importance n'est pas seulement d'ordre social, mais national. Car un peuple dont les masses reçoivent satisfaction de leurs besoins vitaux, et en même temps aussi une sorte d'éducation grâce à une organisation syndicale correcte, acquerra à cause de cela, dans la lutte pour l'existence, un accroissement extraordinaire de sa force générale de résistance.


Difficle d'être moins équivoque. Les syndicats ouvriers, pour Hitler, sont un des éléments essentiels, au même titre, ajouterai-je, que les corporations industrielles, de l'organisation de l'Etat nazi. Alors de deux choses l'une : soit le CAL manifeste ici sa profonde méconnaissance de ceux qu'il entend combattre, ce qui n'est guère à son honneur. Combattre l'ignorance et la méchanceté par l'ignorance ne me semble guère un objectif louable. Soit, et c'est encore pire, le CAL travestit l'histoire afin de servir un autre objectif : l'assimilation de certaines idées libérales - la privatisation et la libéralisation de la sécurité sociale et des soins de santé - au nazisme et à l'extrême-droite. Voici l'endroit exact où je me suis senti pris de nausées.

Je terminerai l'exposé d'aujourd'hui en attirant l'attention sur un autre fait concernant le rapport entre sécurité sociale et extrême-droite : le raisonnement du NSDAP en la matière n'est pas unique, il est commun à toute l'extrême-droite. Ainsi, c'est au Régime de Vichy et au tristement célèbre Maréchal Pétain que l'on doit la suppression de la retraite par capitalisation et l'établissement de la retraite par répartition.

Nous continuerons demain cette inquiétante plongée dans les techniques de propagande et de manipulation de la vérité historique du Centre d'Action Laïque.




13 Commentaires:

Blogger Ø a écrit...

...grâce à une organisation syndicale correcte...

On parle ici d'une organisation syndicale.

Un peu comme les Nazis n'avaient pas interdit les mouvements de jeunesse, à la nuance que près qu'adhérer aux jeunesses hitlériennes était obligatoire et qu'on ne pouvait adhérer qu'à une seule organisation

24/9/06 16:56  
Blogger Constantin a écrit...

Le texte original dit ceci :

"Wie die Dinge heute liegen, können meiner Überzeugung nach die Gewerkschaften gar nicht entbehrt werden. Im Gegenteil, sie gehören zu den wichtigsten Einrichtungen des wirtschaftlichen Lebens der Nation. Ihre Bedeutung liegt aber nicht nur auf sozialpolitischem Gebiet, sondern noch viel mehr auf einem allgemeinen national-politischen. Denn ein Volk, dessen breite Masse durch eine richtige Gewerkschaftsbewegung die Befriedigung ihrer Lebensbedürfnisse, zugleich aber auch eine Erziehung erhält, wird dadurch eine außerordentliche Stärkung seiner gesamten Widerstandskraft im Daseinskampf erlangen."

Vous noterez que le terme allemand est "Gewerkschaftsbewegung", ce qui signifie "mouvement syndical", non dans le sens "syndicat" mais dans le sens "ensemble de syndicats".

L'ensemble des passages de Mein Kampf sur les syndicats, qui figurent principalement dans le Livre 1, vous sont accessibles en ligne. Je vous suggère d'aller y faire un tour.

24/9/06 18:02  
Blogger Constantin a écrit...

D'ailleurs, à la réflexion, je ne vois pas en quoi votre allégation déforce mon argumentation.

Hitler - et c'est d'ailleurs là qu'il se démarque de Marx, comme il le fait lui-même remarquer - était persuadé de la nécessité d'un dialogue constant entre patronat et ouvriers pour oeuvrer à l'amélioration du bien-être de la population. Bon, bien sûr, la population, pour lui, c'était uniquement les aryens de race pure, ce qui est plutôt restrictif. Mais la question n'est pas là.

Le fait est que Hitler était allergique à toute privatisation ou mise en concurrence, puisque l'entièreté de l'économie devait se mettre sous la direction de son Führer qui devait l'emmener sur le chemin de grandeur aryenne millénariste, ou je ne sais quelle autre connerie mégalomane du genre. Dès lors, prétendre que l'extrême-droite veut privatiser et mettre en concurrence la sécurité sociale est une aberration ou une manifestation de malhonêteté intellectuelle caractérisée.

24/9/06 18:16  
Anonymous Anonyme a écrit...

bravo pour l'argumentaire très clair et brillant!

J'ai essayé d'aller voir le lien trianglerouge.be du centre laïque pour me faire une idée mais le serveur semble introuvable. Le CAL a peut etre fait marche arrière avec leur information très douteuse ??

24/9/06 19:44  
Blogger Constantin a écrit...

Je n'arrive pas non plus à me connecter sur le site. J'avais cependant pris mes précautions et downloadé le fichier au format pdf. Envoyez-moi un petit email et je me ferai un plaisir de vous envoyer le document en question.

24/9/06 19:57  
Anonymous Anonyme a écrit...

Bravo, bravo, bravo !

Qu'ajouter de plus à votre argumentaire brillant, si ce n'est : "encore" !

24/9/06 21:12  
Blogger Constantin a écrit...

Merci Ludovic. En principe, la dernière partie de cette chronique sera en ligne d'ici mercredi.

24/9/06 21:52  
Blogger libergold a écrit...

Je confirme que la prose de trianglerouge est assez nauséeuse.

"L’extrême droite milite pour la diminution voire la suppression de l’impôt sur le revenu, pour lui préférer une forme de TVA sociale ou nationale, système fondamentalement inégalitaire."

J'ignorais que le CAL était constitué d'économistes à même de voir quel type d'imposition est plus inégalitaire.

J'ignorais également que notre extrême-droite proposait ce genre d'idée. Je pensais que c'était plutôt l'apanage de Vivant, qui n'a rien d'extrême-droite.

Si je comprends bien le CAL, tout ce qui n'est pas socialaux est extrême-droite, d'où peut-être la couleur choisie pour leur triangle.

Cela caractérise bien le défaut des bien-pensants d'aujourd'hui. A force de vouloir imposer leurs bonnes idées aux autres et de vouloir faire le bien des gens malgré eux, ils se discréditent complètement.

24/9/06 22:51  
Blogger libergold a écrit...

le pdf du CAL est downloadable sur leur site à l'adresse suivante www.trianglerouge.be. Allez dans l'isoloir de gauche, cliquez sur 'Vos libertés sont menacées' et ensuite sur 'L'argumentaire en PDF'.


Et pour savoir avec l'argent de qui tout ca est fait ?

Downloadez l'affiche, en bas à droite, vous saurez lequel de vos impôts finance cette fumisterie.

Et pour savoir d'où vient l'argent du CAL : http://www.ulb.ac.be/cal/faq.html#Qui%20vous%20finance?

24/9/06 23:05  
Blogger Constantin a écrit...

Merci de ces précisions, Libergold.

Apparemment, le site de triangle rouge était down dimanche, mais tout est revenu à la normale. Sinon, leur prose est effectivement nauséeuse et scandaleuse. Je m'occuperai de la suite de leur pdf d'ici mercredi.

Remarqeuz qu'en plus ils se trompent dans leur feuille. En effet, pour eux l'impôt surt le revenu est proportionnel. C'est faux : il est progressif (en clair, plus on a un gros salaire, plus le pourcentage qu'il faut laisser en impôts est important).

25/9/06 09:58  
Blogger Constantin a écrit...

Les bolchéviks du CAL ne donnent aucune source, ils se contentent d'affirmer. J'ai visité le site du FN pour jeter un oeil à leur programme. A part quelques tirades sur l'antifascisme, leur programme contient surtout ces "copier-coller" des programmes du PS et du MR, du style "plus de solidarité avec les seniors" et "plus de sécurité".

26/9/06 04:00  
Blogger Constantin a écrit...

J'ai fait la même déduction, mais les frontistes ont hélas retiré leurs anciens programmes du site. Ceci dit, vu les propositions d'inspiration socialiste qui pullulent dans les programmes frontistes, je pense que le boomerang risque de leur revenir dans la gueule s'ils essaient de faire les malins. Et si le boomerang ne revient pas tout seul, je suis prêt à le lancer. S'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est la malhonnêteté.

26/9/06 19:57  
Anonymous Anonyme a écrit...

Selon "constantin", Adolf Hitler croyait au syndicalisme... Seulement, si je lis bien l'extrait cité, il voulait un syndicalisme 'correctement' organisé; autant dire sous-contrôle total.

"libergold", la couleur du triangle à été choisie par les nazis. Bien qu'un lien existe: les soldats soviétiques n'étaient pas considérés comme relevant de la Convention de Genève, donc étaient déportés comme tant d'autres et portaient ce symbole.

Quand au fait que le C.A.L. asimilerait le libéralisme à l'extrême droite, je n'en ai vu aucun indice sur le site du triangle rouge...

Murdock, bienvenue au XXIe siècle. Votre cause s'est éteinte dans un blockaus de Berlin, il y à plus de 60 ans. Qu'est-ce qu'il vous faut pour tourner la page et ouvrir les yeux.
Vous semblez penser que le FN fait des propositions politiques "honnêtes"?!? Permettez moi de vous rappeller que le président de ce parti à été condamné (et à plusieurs reprises) pour fraude, escroquerie, détournement (parfois au préjudice de son propre parti). Alors au lieu de prétendre que les membres des partis démocratiques sont des anges (ce que, je vous e concède, il ne sont pas, loin s'en faut), laissez moi vous dire que malgré ses grands airs, le FN ne vaut pas mieux, ni plus, ni moins.

22/9/07 17:21  

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