16.10.06

To protect and to serve (part III)

A l’époque du passage à tabac d’un de mes élèves, arrêté en rue pour une peccadille et violenté au commissariat, j’étais persuadé que rien ne saurait plus me remplir d’indignation que ce genre d’abus de pouvoir. Mais je me trompais. Ce qui m’a réellement écoeuré, c’est d’apprendre, en mai dernier, que l’affaire avait été classée sans suite.

« Protections » au sein du système ? Juges peu enclins à punir des policiers ? Pas le moins du monde. Ce qui a fait capoter le dossier, c’est qu’aucun des témoins directs de la scène n’a jugé bon de répondre aux convocations de l’officier de police judiciaire du comité P chargé par le juge de recueillir les dépositions. Ce brave homme avait pourtant tout fait pour faciliter les choses aux témoins, prévoyant par exemple d’inclure dans la période possible pour les auditions une semaine de congés scolaires. C’était au demeurant un homme charmant, courtois et compétent.

Le dossier avait pourtant de grandes chances d’aboutir. Les policiers indélicats avaient en effet menti dans leur déposition sur les circonstances exactes de l’interpellation. Or, cinq élèves et trois professeurs furent témoins directs de la scène, et leur version infirmait celles des deux pandores. En l’absence de déposition devant l’officier désigné par le juge, ce dernier a jugé qu’il ne disposait pas de suffisamment d’éléments.

Voilà comment on renforce le sentiment d’impunité éprouvé par les policiers racistes et violents. Pourquoi ces derniers cesseraient-ils de « casser du bougnoule » si leurs victimes renoncent à faire respecter leurs droits ? En ne donnant pas suite aux convocations du comité P, les témoins de la scène se sont faits les complices objectifs, non seulement des violences auxquelles ils ont assisté, mais surtout des actes que les policiers incriminés commettront à l’avenir.

Ce genre d’événement me remplit de découragement. Car si les individus n’ont même pas le courage de faire valoir le peu de droits que les Etats leur reconnaissent encore, comment espérer qu’ils en viennent un jour à lutter pour ceux dont les Etats les ont spoliés ?Quand nos « démocraties » auront achevé leur lente glissade vers la dictature, j’aurai du moins l’amère satisfaction de l’avoir prévu.





3 Commentaires:

Blogger Don a écrit...

Ben oui, allez témoigner contre le dealer vend sa marchandise dans votre rue et dont la famille habite votre quartier.
Si vous désirez vivre avec un minimum de tranquilité d'esprit et pouvoir circuler sans danger dans votre quartier, vous avez peut être intérêt à quelque peu fermer les yeux.
Il en va de même si les pandores dont vous parlez patrouille jour après jour dans votre environnement.
Personnellement je ne sais pas ce que j'aurais fait, mais je ne me sens à priori une âme ni de résistant, ni de martyr

17/10/06 09:17  
Blogger Constantin a écrit...

Le fait que le dealer, comme les policiers, puissent se venger de vous en toute impunité témoigne de l'impuissance de la justice de nos soi-disant "démocraties" à protéger les droits des individus.

Une société où une victime a peur de se que ses bourreaux pourraient lui faire si elle cherchait à obtenir réparation est une société malade où triomphe la loi du plus fort, pas une "démocratie". Mais il est tellement plus facile de bêler avec les moutons que notre société est "juste et solidaire" plutôt que d'oser dire tout haut ce qui ne va pas.

17/10/06 12:44  
Blogger Harald a écrit...

Mon cher Don,

Nous en sommes arrivés là parce que cette attitude de résignation s'est généralisée, parce que le sens civique a peu à peu disparu, parce que tout le monde se fout du Droit pour ne plus s'occuper que de ses droits. On fustige l'individualisme alors qu'il faudrait dénoncer l'égoïsme sans cesse croisant qui pousse le citoyen lambda à se foutre totalement de son prochain.

Si la racaille fait la loi dans les rues, c'est tout simplement parce que les gens ont abdiqué. Si certains flics se la jouent cow-boys, c'est justement parce que les citoyens ont abdiqué.

Et c'est un flic qui vous le dit!

26/10/06 09:13  

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